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Le Crédit Suisse prend position sur la critique émise

Le Crédit Suisse prend position sur la critique émise

Dans un courrier répondant aux inquiétudes de sa clientèle, le Crédit Suisse prend position sur la critique émise par le Bruno-Manser-Fonds à l’encontre de la transaction boursière portant sur le groupe Samling, actif dans le commerce de bois tropicaux.

Le Bruno-Manser-Fonds (BMF) déplore le contenu de cette prise de position du Crédit Suisse. Celle-ci laisse le sentiment que la direction de la banque n’a pas véritablement pris la mesure de la gravité de la situation tant au niveau de l’impact sur les forêts pluviales tropicales que des méthodes de travail mises en œuvre par l’entreprise Samling. Il semble en particulier que la banque se soit basée sur les seules indications de sa cliente Samling dans son processus d’évaluation des risques et n’ait pas jugé utile de réaliser une étude présentant l’indépendante nécessaire sur les répercussions écologiques et sociales des activités de ce groupe industriel.

Par rapport aux points soulevés dans la missive du Crédit Suisse, nous prenons position comme suit:

1. Depuis sa fondation en 1992, le BMF suit de très près les activités de l’entreprise Samling, en particulier dans l’État malais du Sarawak. Cette société est la principale responsable de la déforestation des forêts pluviales au Sarawak depuis cette date. Elle est aussi en conflit permanent avec les villages indigènes dont elle enfreint les droits. D’après les estimations du BMF, il n’est pas exact que les activités du groupe Samling sont en accord avec les standards internationaux d’exploitation durable des forêts, contrairement à ce que constate le Crédit Suisse. À notre connaissance, il n’existe d’ailleurs aucune étude qui se soit penchée sur cet aspect particulier des activités de la société en question. De ce point de vue, cette affirmation du Crédit Suisse est non seulement infondée, mais hautement contestable.

2. Nous ne savons pas si Samling respecte les dispositions environnementales en vigueur dans ces concessions, comme le postule le Crédit Suisse. Cependant nous souhaitons formuler les remarques suivantes:

Dans l’État malais du Sarawak, l’insuffisance des dispositions environnementales est la principale responsable de la dégradation rapide des forêts tropicales. Cette évolution est soutenue de façon irresponsable depuis des années par le gouvernement du Sarawak et par des groupes forestiers tels que Samling, axés sur des gains à court terme. Des experts internationaux confirment que les pratiques forestières actuelles au Sarawak sont à l’origine de dommages écologiques irréversibles à long terme. Bien que moins de dix pourcents des forêts primaires du Sarawak soient encore intactes, Samling continue à défricher avec la bénédiction officielle.

En Amérique du Sud, les activités de l’entreprise Samling dans l’État de Guyana manquent de transparence et font l’objet de vives critiques à l’intérieur du pays. Le gouvernement de Guyana – un pays connu pour sa très forte corruption – ne publie ni cartes ni plans d’exploitation des concessions forestières qu’il octroie. Le BMF a obtenu des indications fiables selon lesquelles Barama Co. Ltd., une entreprise du groupe Samling, enfreint des lois forestières locales de premier plan. Malheureusement, nous n’avons pour l’instant pas la possibilité de vérifier ces faits sur place. Cependant, nous prenons ces critiques très au sérieux, compte tenu du fait que Samling et ses propriétaires ont participé à des abattages illégaux au Cambodge et en Papouasie Nouvelle-Guinée par le passé. Nous doutons fortement que le Crédit Suisse ait vérifié avec le soin nécessaire le respect par Samling des dispositions environnementales dans l’État de Guyana.

3. Il est exact que l’entreprise Samling s’est soumise volontairement à différentes certifications forestières. Toutefois, tant les conditions que les résultats de ces certifications sont peu flatteurs pour la compagnie:

A) Dans l’État de Guyana, où la société dispose de concessions forestières pour une surface de 1,6 millions d’hectares de forêt pluviale tropicale ainsi que de «droits d’usufruit» sur 445'000 hectares supplémentaires, Samling a fait certifier 570'000 hectares par le Forest Stewardship Council, soit moins d’un tiers de la surface totale. Le certificat, établi au mois de février 2006, a été suspendu en janvier 2007 suite à une révision par l’organisme «Accreditation Services International», en raison de transgressions systématiques des dispositions de la certification. Dans leur rapport, les réviseurs ont énuméré pas moins de neuf infractions graves aux dispositions pertinentes. Ils ont notamment relevé que Samling ne respectait pas les droits des populations indigènes et occasionnait des dommages sévères à l'environnement. N.B.: une seule infraction grave aurait suffit pour retirer la certification.

B) En Malaisie, Samling exploite environ 1,4 millions d’hectares de forêt pluviale tropicale; elle y a fait certifier une surface de 56'000 hectares – soit environ quatre pour-cent de la surface totale – par le conseil malais de certification du bois (MTCC). La zone certifiée correspond pour l’essentiel à une surface sur laquelle les communes indigènes Penan de la région du haut Baram ont fait valoir leurs droits territoriaux devant la justice en 1998. Il s’agit d’une des dernières zones de forêt primaire compacte du Sarawak. En dépit des protestations des Penan et d’un recours formel contre la certification, MTCC s’est refusé à ce jour d’annuler sa décision. Le 7 février, sur demande de la société Samling, la police malaise a fait lever un barrage érigé par les Penan sur les routes d’accès des bûcherons. La certification MTCC est hautement contestée tant en Malaisie qu’au niveau international justement en raison du non-respect des droits fonciers indigènes.

Pour résumer, le groupe Samling dispose actuellement d’un seul certificat forestier valable, pour 56'000 hectares en Malaisie, sur les quelque 3,4 millions d’hectares de forêts tropicales qu’il exploite. Cela correspond à environ 1,6 % de la surface totale. En outre, ce certificat (MTCC), établi contre la volonté des communes indigènes Penan concernées, est hautement contesté. Face à ces éléments, le Crédit Suisse se montre peu digne de foi lorsqu’il donne atteste, sur cette base, que Samling respecte les standards internationaux d’exploitation durable des forêts.

4. L’International Tropical Timber Organisation (ITTO) citée par le Crédit Suisse a entrepris une mission au Sarawak dans les années 1989/90; elle est arrivée à la conclusion que l’exploitation locale des forêts tropicales n’y est pas durable. Depuis lors, l’ITTO n’a plus entrepris aucune évaluation au Sarawak. Diverses tentatives de l’ITTO de mettre en œuvre une mission de suivi au Sarawak ont été rejetées par le gouvernement local. Rappelons que le Bruno-Manser-Fonds, de concert avec un grand nombre d’organisations de protection de l’environnement et des droits de l’homme, considère l’exploitation des concessions telle que pratiquée au Sarawak comme n’étant pas durable.

5. À l’heure actuelle, seuls quelques demandes de droits territoriaux de communautés indigènes sont pendantes contre l’entreprise Samling, dont une des Penan de la région du haut Baram (Long Kerong et environs). Celle-ci ne concerne qu’une petite zone de la concession de Samling. Toutefois, il serait faux d’en déduire que le reste des zones exploitées par Samling n’est pas contesté par les populations indigènes des forêts pluviales. Beaucoup de groupements indigènes ne disposent pas des moyens nécessaires pour obtenir l’accès aux tribunaux. Ainsi, Samling est actuellement en conflit notamment avec les communes Penan de Long Pusit (Limbang), Long Kawi et Long Item (Baram moyen) ainsi que Long Leng (Baram inférieur). Tous ces villages n’ont pas encore fait valoir leurs droits territoriaux, mais ont tenté, au moyen de barrages routiers, de protéger leurs forêts ancestrales.

Lors d’un entretien avec le Crédit Suisse, le 23 février 2007, le BMF a communiqué ses réserves quant à la collaboration avec le groupe forestier Samling. Il a basé ses affirmations sur des preuves présentées notamment sous forme d’analyses d’images satellites prises dans les concessions de la société en question. Le Crédit Suisse a clairement indiqué qu’il n’était pas disposé à se retirer de l’organisation de la cotation en bourse de l’entreprise Samling.

Selon la presse financière, Samling a réussi à obtenir le capital souhaité sur le marché financier. Le début officiel des négociations à la bourse de Hong Kong a été fixé au 7 mars 2007.

Le Bruno-Manser-Fonds exige que le Crédit Suisse informe sans délai le public de l’utilisation des gains résultant de la cotation en bourse de Samling. Il réitère aussi sa demande à la banque de cesser toute relation d’affaires avec cette entreprise. Si le Crédit Suisse prend au sérieux nos réserves, comme il le fait savoir, nous attendons de lui qu’il en tire les conséquences qui s’imposent.

(3 mars 2007)

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«Nous avons un urgent besoin d'aide. Notre situation est très critique. Si rien ne se passe, notre forêt sera détruite dans quelques mois. Les bûcherons progressent très rapidement.»
 


by moxi