Bruno Manser Fonds Mise à jour 2000-11-15 |
Tong Tana, Décembre 1998Journal du Fond Bruno ManserForêt vierge - droits des autochtones - commerce du bois
Table des matières
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Avec nos amis, nous nous engageons depuis des années pour la protection des dernières forêts vierges et des peuples qui les habitent. Nous nous démenons, mais le monde suit son cours et nous ne progressons guère: au Sarawak, les Penan n'ont toujours pas obtenu ne serait-ce qu'un mètre carré de territoire propre garanti; et dans le monde, 112 000 km2 de forêt ont été anéantis en 1997. Sans résultats probants et à court de moyens financiers, le BMF doit-il fermer son minibureau et renoncer à son engagement? Dans un domaine où les participants élégamment vêtus des conférences internationales sont incapables de prendre les décisions qui s'imposent en sirotant leur champagne, la nature vient à son propre secours. En 1989, des inondations catastrophiques ont conduit le gouvernement thaïlandais à interdire dans l'ensemble du pays l'exploitation commerciale du bois. Cette année, c'est le Yang-Tseu-Kiang qui a débordé, entraînant la mort de 3000 personnes et détruisant cinq millions de logements. Résultat: d'un jour à l'autre, le gouvernement chinois a placé sous protection sa dernière forêt vierge. Pendant ce temps, l'effondrement des devises, dans le Sud-Est asiatique, a ralenti le pillage des forêts en freinant la demande. Néanmoins, 30 000 km2 de forêt indonésienne ont été dévastés par des feux d'origine humaine. Les photographies le prouvent: l'exploitation et la dégradation d'une couverture forestière intacte par l'industrie du bois est la cause principale des incendies de forêt. Combien d'hommes et d'animaux devront encore succomber dans des incendies et des inondations, en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, jusqu'à ce que toutes les concessions d'exploitation de forêts vierges soient retirées? La Suisse a vécu une situation semblable à la fin du 19e siècle. Comme les pays tropicaux ont encore beaucoup plus à perdre en formes de vie et de culture que nous, le BMF souhaite aux responsables beaucoup de courage et de succès: que le Sarawak réussisse mieux que la Suisse à préserver cet héritage pour les générations futures, grâce à une action rapide et déterminée.
Au BMF, nous avons décidé de demeurer les porte-parole des Penan et de la forêt pluviale aussi longtemps que nos forces et nos moyens financiers le permettront. Mais avec 40'000 francs de déficit au cours des deux dernières années, nous n'irons plus très loin sans votre aide. Nous vous remercions très sincèrement de votre contribution. Soutenez notre engagement non seulement financièrement, mais aussi pratiquement.
Demandez à votre commune si elle ne l'a pas encore fait de renoncer formellement, dans les constructions publiques, à tout bois provenant d'un pillage systématique des forêts. Achetez autant que possible des produits locaux: même Mahathir, le premier ministre malaysien, a donné des ordres dans ce sens. Renoncez aux produits FSC venant de l'étranger aussi longtemps que le FSC n'a pas clairement exclu l'exploitation du bois dans les forêts vierges.
Dans votre pays, engagez-vous en faveur de l'application des directives suivantes émises par la Banque mondiale au plan national:
Nous souhaitons aux Penan suffisamment de forêt vierge et de nourriture; à vous, chères lectrices et chers lecteurs, nous souhaitons un joyeux Noël; et à l'ex-ministre des finances Anwar Ibrahim, malmené dans sa prison, nous souhaitons un traitement correct et équitable.
L'équipe du BMF
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Une nourriture suffisante, c'est tout ce qu'il faut aux Penan pour fêter joyeusement. Ce jeune, finira-t-il un jour par être contraint de mendier dans une grande ville?
Photo: BMF, 1998
Notre projet de remise d'un message de paix (l'agneau blanc «Gumperli») au ministre d'Etat du Sarawak et à sa femme à l'occasion de la fête qui marque la fin du pèlerinage à la Mecque ayant échoué, l'occasion suivante d'entamer un dialogue positif avec Taib Mahmud se présenta le 21 mai, jour de son 62e anniversaire. Hélas, toutes les compagnies aériennes desservant le pays reçurent la directive «Top urgent: Bruno Manser not allowed to enter Kuching» et refusèrent de me laisser poursuivre mon voyage de Singapour au Sarawak. Une demande de visite dans la partie continentale (péninsulaire) du pays fut également rejetée par les autorités. Qu'adviendrait-il des US$ 10 000 offerts par Erika et Jürg Binz (Ebipharm, Kirchlindach) comme capital de départ pour une clinique dentaire mobile destinée aux Penan et aux Kelabit? Le très aimable haut-commissaire malaysien à Singapour, Haji Salim Bin Hashim, se proposa de servir d'intermédiaire entre le ministre d'Etat et moi. Mais la question étant restée sans réponse des semaines durant, la somme fut déposée dans une banque à Singapour et un dossier complet sur le projet de «Secours dentaire international» envoyé au ministre d'Etat. Son coût total devrait s'élever à environ CHF 200 000 pour deux ans. Avec l'agrément du ministre d'Etat, ce projet salué par les Penan pourrait être réalisé sans délai. Nous attendons sa réponse avec intérêt! J'avais aussi l'intention d'apporter une aide concrète à Maleng, mon meilleur ami Penan: il avait perdu une jambe il y a deux ans en abattant un palmier nyiwung dans la jungle. James Ritchie, porte-parole du ministre d'Etat, promit de lui procurer une prothèse. Nous venons d'apprendre que le travail a été effectué par le Dr Judson Sakai de Ba Kelalan. Un grand merci à toutes les personnes qui y ont contribué!
Une entreprise allemande, la Gesellschaft für technische Zusammenarbeit (GTZ), a signé un contrat avec la Samling Co et le Département des forêts du Sarawak pour l'exploitation selon les principes du développement durable d'une concession portant sur 1680 km2 de forêt (projet FOMISS). Cette forêt, en grande partie primaire, est située sur le domaine des Penan. Le projet prévoit qu'avec l'aide allemande, l'exploitation mécanisée du bois se fera sur une période de 10 ans. Les Penan ont été mis en demeure de l'accepter, avec l'argument que «la forêt vierge devra de toute façon livrer son bois d'une manière ou d'une autre». Bien qu'un moratoire de trois ans ait été décidé en attendant la fin des travaux d'inventaire, Samling continue d'exploiter la forêt en différents endroits. Un Penan s'insurge: «Nous voulons protéger notre forêt vierge depuis de nombreuses années, et beaucoup d'entre nous ont été arrêtés1! Certains y ont même laissé leur vie2. La forêt nous offre tout ce dont nous avons besoin pour vivre. Nous avons l'habitude de nous débrouiller au pied de nos montagnes, si seulement vous ne nous dérangez pas. Ne nous forcez pas à venir mendier de la nourriture dans vos villes! Nous nous opposons au projet allemand, qui restreindrait notre territoire et nos terrains de chasse.» Le ministère allemand concerné (BMZ) demande que les projets des régions tropicales ne s'appliquent à des forêts primaires que dans un but de protection ou d'étude3. Or, la GTZ ne tient pas compte de cette directive, puisqu'elle encourage l'exploitation des forêts vierges. L'argent des contribuables allemands doit-il aller à une forme de développement qui consiste à prendre aux Penan précisément ce qu'ils ne veulent donner à aucun prix: les arbres de leur forêt? Ecrivez au BMZ pour lui donner votre avis:
Mme le Ministre
Heidemarie Wieczorek-Zeul
BMZ
Friedrich-Ebert-Allee 40
53113 Bonn, Allemagne
fax ++49 (228) 535 33 25
Demandez que le gouvernement allemand ne soutienne en aucun cas la construction de routes dans des forêts vierges ou leur exploitation commerciale, et que l'Allemagne n'encourage, dans ses projets d'aide au développement, qu'une sylviculture durable appliquée à des forêts secondaires et dégradées avec le plein accord des populations locales. Au Sarawak, la GTZ peut très bien se rendre utile. Tant oralement (lors de rencontres personnelles) que par écrit, le BMF a proposé que l'indiscutable savoir-faire de cette entreprise dans le domaine de la «Reduced Impact Logging» (exploitation à impact réduit) soit appliqué aux forêts secondaires, et que les droits des autochtones soient respectés.
La Samling Co est la plus grande société d'exploitation du bois au Sarawak, état dont elle a reçu en cadeau le droit d'exploiter 15 000 km2 de forêt. En aval de la forêt concernée par le projet FOMISS, la plupart des zones attenantes ont déjà fait l'objet d'une exploitation sélective. C'est là que la FOMISS doit réaliser son projet pour être crédible. Pour le moment, la GTZ n'a pas apporté de réponse positive à cette proposition.
Trois firmes portent atteinte au territoire traditionnel des Penan nomades: Ravenscourt, Lee Ling Timber (autrefois LTL) et WTK Co. Cette dernière la plus ancienne «logging-company» du Sarawak est basée à Miri. Elle a reçu en cadeau le droit de piller 4000 km2 de forêt vierge, sans la moindre compensation pour les autochtones. Au contraire, ceux-ci font l'objet de tentatives d'intimidation: alors que des nomades du Magoh menaçaient de bloquer la voie d'accès, Pusui, le chef chinois du département forestier, tira à bout portant une salve d'une vingtaine de coups au-dessus de la tête de Lakei Suti et de ses amis. Lee Ling Timber verse à plusieurs chefs de Penan sédentaires un salaire mensuel régulier, et leur remet chaque année 25 000 Ringgit malaysien (MR) à répartir entre leurs administrés. En contrepartie, tous s'engagent à ne rien entreprendre contre les activités des bûcherons. Beaucoup de Penan ont refusé leur part, mais sont lassés par une résistance pacifique entraînant tant d'arrestations.
Dans la région d'Ulu Limbang, c'est la firme Ravenscourt qui exerce ses ravages. En raison de la très haute diversité en espèces de la région, la création d'un parc national y a été proposée en 1984 déjà (parc de Pulong Tau, 1640 km2), projet jamais réalisé. Les bulldozers sont déjà à l'&brkbar;uvre sous le Gunung Murud, le plus haut sommet du Sarawak (2560 m d'altitude), et au pied du Batu Lawi, un piton rocheux légendaire, terrains de chasse de Penan nomades et des dernières panthères nébuleuses. Ce faisant, les bûcherons polluent le «Baa Pina Uwut» (le «fleuve des nombreux sagoutiers»), l'un des derniers cours d'eau encore propres au c&brkbar;ur même du territoire des Penan. Le proche avenir montrera si ces trois sociétés acceptent de sauver la forêt de leur concession en renonçant à l'exploiter. Qui fera le premier pas, Ravenscourt?
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«Timber Mining»: la Ravenscourt Co (licence 0294) construit de nouvelles routes près du fleuve Tabun dans le but de piller les dernières forêts vierges. Effet d'une érosion accrue, la pollution des eaux réduit les populations de poissons et empêche les Penan de préparer le sagou (leur nourriture de base), préparation pour laquelle ils ont besoin d'eau claire.
A l'arrière plan le Batu Lawi
Photo: BMF, 1998
James Wolfensohn, président de la Banque mondiale, a rencontré pour un échange de vues, à mi-juillet 1998, les directeurs de Samling, WTK, Sarawak Timber Association et Malaysian Timber Board. A cette occasion deux questions importantes ont été abordées: celle des pratiques des multinationales du bois dans les différents pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique du Sud, et celle de la protection de la biodiversité au Sarawak. La Banque mondiale souhaite que le Sarawak soit soutenu dans le cadre du Fonds mondial pour l'environnement (GEF).
La Sarawak Timber Association élabore un projet qui devrait être financé par l'Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT/ITTO) et réalisé au nord-est du Sarawak (régions de Magoh et de Pulong Tau), soit en plein territoire penan. Objectifs du projet: une exploitation durable de la forêt et la protection de la biodiversité dans les forêts primaires. L'OIBT gère déjà un important projet de ce type près de la frontière occidentale avec l'Indonésie (Lanjak-Entimau).
Datuk James Wong, ministre de l'environnement du Sarawak et roi de la filière du bois, avait invité des Penan nomades à se sédentariser dans leur territoire, devenue une concession de 3100 km2 dont le Chief Minister lui a fait cadeau. Dans ce but, il avait fait édifier une «longue maison» à Long Napir dans les années 1980 déjà. A quelques familles près, l'immense bâtiment demeure vide. La raison en est que les alentours ont été déboisés entre-temps par la société d'exploitation du ministre et que les Penan n'y trouvent par conséquent plus suffisamment de nourriture.
Beaucoup d'autres familles se sont donc progressivement retirées vers l'amont, dans des régions encore intactes et giboyeuses, où elles ont établi, près de l'eau, leur habitation et leurs cultures. Datuk James Wong a maintenant vendu son entreprise à la Lee Ling Timber Co. L'échec de sa politique a pour effet d'augmenter la pression qui s'exerce sur les dernières forêts vierges encore intactes, déjà si réduites qu'elles ne peuvent plus accueillir beaucoup de «rapatriés» en plus des nomades qui les parcourent.
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Secteur Ulu Tutoh/Ulu Limbang
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Secteur Ulu Tutoh/Ulu Limbang
Des articles parus dans le «Borneo Post» (27 et 29 août 1998) indiquent que le barrage de Bakun devrait être terminé en 2006. A noter que le prestigieux projet initial a été redimensionné, avec une production d'électricité réduite de moitié. De plus, le courant ne sera distribué qu'au Sarawak: pour des raisons de coût, on a renoncé à l'immersion d'une ligne électrique destinée au ravitaillement de la partie occidentale de la Malaysie. D'un prix avantageux, cette électricité pour laquelle il n'existe encore guère de demande doit attirer les investisseurs, spécialement dans les secteurs de l'industrie du bois et du papier, ainsi que de la production d'huile de palme et d'aluminium, dans lesquels de grands espoirs sont placés. Le transfert des 10 000 habitants concernés se poursuit conformément au plan (à petits pas). Ces gens perdent leur jardin et leurs propriétés au moment où ils en auraient le plus besoin, en pleine crise économique. Certains se sont endettés pour pouvoir participer d'une manière ou d'une autre à la construction, et sont ruinés par suite de l'arrêt des travaux. Cet été, les instances responsables ont appelé les victimes du projet à utiliser les fonds d'indemnisation de manière très prudente, par exemple en les plaçant dans des sociétés d'investissement et des paquets d'action. Par les temps qui courent, c'est une manière d'inciter les petites gens à partager les risques des personnes aisées!
A l'ouest du Sarawak, la zone de protection de la faune de Lanjak-Entimau est constituée à 90% de forêt primaire à diptérocarpacées. Elle est tout spécialement destinée à protéger le millier d'orangs-outans qui y trouvent refuge.
A l'occasion d'une conférence internationale («Great Apes of the World», Kuching/Sarawak, juillet 1998) à laquelle ont pris part 150 scientifiques du monde entier, le ministre d'état Taib Mahmud a indiqué son intention de placer sous protection une forêt tourbeuse («Peat Swamp Forest») abritant des orangs-outans, en guise de «contribution aux efforts des scientifiques visant à sauver l'espèce de l'extinction». Gary Shapiro, président de la Fondation internationale pour la protection de l'orang-outan et organisateur de la conférence, se déclara ravi de cette bonne surprise. Il est vrai que Taib Mahmud n'a pas donné de précisions sur la situation exacte et l'étendue de cette future réserve, ni sur la date officielle de création. Mais le BMF se réjouit de voir ce projet se concrétiser rapidement, en félicite le gouvernement du Sarawak et formule le souhait qu'après les orangs-outans, les Penan voient également leurs requêtes territoriales prises en compte.
Au cours des dix dernières années, le nombre d'orangs-outans vivant en liberté à Bornéo et à Sumatra, a baissé de moitié (estimation actuelle: 20 000 individus). Cause de cette diminution: la destruction de leur habitat par l'exploitation commerciale du bois, les coupes rases et les feux de défrichement allumés par l'homme pour l'installation de plantations de palmiers oléagineux et la réalisation de mégaprojets de développement. Dans son rapport «The Politics of Extinction», l'environmental investigation association (eia, 69 Old Street, London EC1V 9HX), basée à Londres et à Washington, critique le régime corrompu du président Suharto, coupable d'avoir permis, presque sans entrave, à l'industrie du bois et des plantations de mettre la main sur des zones de forêt encore intactes. Mais le moteur de cette catastrophe écologique se trouve plutôt dans nos pays industrialisés, comme le montrent les exemples suivants:
Par ailleurs, des firmes, banques et institutions d'aide au développement européennes, japonaises et américaines financent des projets industriels dans des régions encore couvertes de forêt pluviale, contribuant à alimenter la demande en bois tropicaux, en huile de palme, en cellulose et en papier à bas prix. Ce juteux commerce perdurera aussi longtemps que nous achèterons ces produits.
L'association eia, qui a élaboré un projet de protection de l'orang-outan, demande à juste titre qu'en Indonésie, les investissements et les aides financières soient systématiquement liés au respect de conditions écologiques, sociales et économiques très strictes.
Le gouvernement du Sarawak a l'intention de conférer à 2984 km2, dans la région de Baram, le statut de «Protected Forest» (forêt protégée). Cette région abrite surtout des communautés Penan, mais aussi des Kenyah, des Kayan et des Kelabit. Etablie au Sarawak, l'organisation BRIMAS (Borneo Resources Inst.) est consternée par la perspective d'une telle décision, qui priverait les autochtones d'un droit sur leurs terres garanti par la loi. BRIMAS souligne aussi que les populations concernées n'ont pas compris les déclarations gouvernementales et que les indications précises sur l'étendue et les limites de la zone pressentie font complètement défaut.
Le statut même de «forêt protégée» ne correspond pas à ce que l'on est en droit d'en attendre, car le bûcheronnage est autorisé dans l'ensemble d'une telle réserve. Dans le cas précis, la zone de protection coïnciderait avec le projet FOMISS d'exploitation à impact réduit (voir plus haut). On peut craindre qu'après ce changement de statut, les actions de protestation contre les pilleurs de forêt, qui n'ont pas cessées depuis des décennies, soient brutalement réprimées. BRIMAS rappelle que dans la région de Baram comme dans le reste du Sarawak, le statut «Protected Forest» a déjà été utilisé plusieurs fois par le gouvernement à titre purement temporaire: par la suite, ces surfaces perdent généralement leur statut et sont laissées aux compagnies d'exploitation et aux entreprises gérant des plantations.
Commentaires du BMF Jusqu'ici, le statut de «forêt protégée» a toujours signifié «protégé pour l'exploitation du bois». A défaut de documents écrits, les autochtones ne peuvent faire valoir leurs droits sur ce territoire, bien que leurs revendications soient parfaitement justifiées du point de vue historique. Conformément aux prescriptions, les habitants des régions de Baram et de Limbang ont déposé, depuis le début des années 1980, plus de 50 demandes de reconnaissance de leurs droits fonciers coutumiers, sans aucun succès jusqu'à présent.
En raison de la baisse des réserves de bois dans leur propre pays, 30 sociétés d'exploitation malaysiennes négocient avec 23 gouvernements du monde entier l'acquisition de concessions représentant au moins 222 000 km2 au total (plus de cinq fois la superficie de la Suisse). Beaucoup de contrats sont déjà sous toit. Aujourd'hui, les firmes malaysiennes détiennent au moins la moitié des concessions de la Guyane française, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, des îles Salomon et Vanuatu. Elles sont présentes au Cambodge, en Indonésie, au Laos, en Birmanie et en Nouvelle-Guinée occidentale, ainsi qu'au Cameroun, dans les deux républiques congolaises, au Gabon, en Guinée, au Liberia, à Madagascar, au Malawi, au Zimbabwe, au Belize, en Bolivie, au Brésil, au Surinam, en Tchéquie, en Russie orientale et en Nouvelle-Zélande (plantations). Nous devons ces informations à un rapport vivement recommandé «High Stakes: The Need to Control Transnational Logging Companies A Malaysian Case Study», publié en 1998 par Forest Monitor Ltd, 114 Broad Street, Ely, CB7 4BE, London UK, une ONG anglaise. Ce rapport démontre que lors de l'attribution de licences d'exploitation à des firmes étrangères, il arrive fréquemment que moins de 1% de la valeur du bois abattu demeure dans le pays producteur. Et c'est pour ce maigre revenu que l'on sacrifie l'équilibre économique et culturel des populations locales liées à l'existence de forêts intactes. Illustré par de nombreuses cartes et photos, le rapport de 58 pages présente les différentes firmes malaysiennes de manière détaillée: une lecture de chevet pour tous les responsables gouvernementaux soucieux de gérer durablement leurs ressources forestières nationales. Le rapport peut être obtenu auprès du BMF au prix de 10. CHF.
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«Nous attendons que le ministre en chef Taib Mahmud retire les concessions»
Photo: BMF 98
Le 9 octobre 1997, le conseiller national Christoph Eymann (libéral, président de l'Union bâloise des arts et métiers) a déposé une motion en faveur de la déclaration obligatoire pour les produits en bois. Il se peut que l'objet soit examiné par le Conseil national au cours de sa session de novembre/décembre 1998. Mais une certaine pression de l'opinion publique serait utile.
Bref historique. En 1993, le conseiller national Hugo Wick et la conseillère aux Etats Rosmarie Simmen (PDC) ont déposé devant les Chambres fédérales une motion visant à rendre obligatoire la déclaration d'origine du bois. Avec la voix déterminante du président Otto Piller (PDC), le Conseil des Etats a accepté la motion de justesse, tandis que le Conseil national l'a refusée au printemps 1994 par 81 voix contre 68, donc par une faible majorité. Les adversaires les plus connus de la déclaration étaient la firme HIAG (la plus grande entreprise de façonnage du bois en Suisse), l'Union suisse du commerce et de l'industrie «Vorort», l'Union suisse en faveur du bois (Lignum) et l'entreprise suisse des bois tropicaux, Precious Woods. Tous critiquaient la voie solitaire e qu'aurait représenté une telle décision prise en l'absence de toute coordination internationale, la surcharge administrative qu'elle aurait entraînée (contrôles) et son coût. Certains manifestaient aussi la crainte de voir les consommateurs exiger ensuite d'autres déclarations pour d'autres produits. Volontairement, on opposait alors deux projets complètement différents, celui de la déclaration (obligatoire) à celui de l'écolabel (facultatif). Pour les organisations de défense de l'environnement, l'écolabel est un judicieux complément à la déclaration obligatoire, qui fournit des précisions sur l'essence et le pays d'origine du bois. Un écolabel va plus loin: il ajoute une garantie relative à la qualité de la gestion forestière. Ces dernières années, les grands distributeurs se sont efforcés, avec plus ou moins de succès, d'introduire une marque distinctive pour leurs produits en bois. A ce point de vue, la Migros a fait &brkbar;uvre de pionnière, réussissant étonnamment bien à imposer sa marque de qualité dans son assortiment ménager et mobilier. Selon ses responsables, un étiquetage de tous les produits en bois est parfaitement réalisable, bien que de fastidieuses recherches soient parfois (rarement) nécessaires. Dans les domaines quantitativement importants que sont les aménagements intérieurs, la construction et la production de papier, il n'y a pratiquement jamais eu de déclaration. Or, pour le papier, qui représente 25% de la consommation suisse de bois, une déclaration d'origine est absolument nécessaire. Il ressort d'une enquête effectuée par le BMF auprès de 13 fabricants suisses de papier (1994), que la déclaration peut être introduite sans problème dans ce secteur de production.
En 1994, le Conseil fédéral s'est engagé à régler le problème par voie d'ordonnance (sur la base de la loi sur l'information des consommatrices et des consommateurs LIC) si aucune solution n'est trouvée pour une déclaration (spontanée) reposant sur le droit privé. A ce jour, il n'a pas encore tenu sa promesse et la motion Eymann vient à point nommé pour la lui rappeler. Dans un Etat moderne comme le nôtre, le droit à une information objective sur la provenance et la composition des produits mis en vente devrait aller de soi. Mais pour faire passer ce «droit à une meilleure transparence» dans le domaine des produits en bois, un petit coup de pouce de l'opinion publique est nécessaire.
Téléphonez donc à la présidente du Conseil national, Trix Heberlein, pour lui demander lors de quelle session la motion sera discutée (tél. 01/918 16 39, fax 01/919 01 40).
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«Ne construisez pas vos maisons avec le bois de nos forêts!» Sans une déclaration d'origine, les consommateurs ne peuvent respecter cette requête des Pygmées.
Photo: B. Manser
Depuis l'édition de juillet 1998 de Tong Tana, de nouvelles communes ont décidé de ne plus utiliser dans les constructions publiques des bois provenant de forêts primaires: Aarburg, Küttigen, Möriken-Wildegg (AG), Hérisau, Schwellbrunn et Urnäsch (AR), Ettingen (BL), Ittigen, Meiringen, Muri et Sigriswil (BE), Schwanden (GL), Roveredo (GR), Sursee (LU), Balsthal (SO), Altendorf (SZ), Andwil, Brunnadern, Bütschwil et Rapperswil (SG), Silenen (UR), Montreux (VD), Uster et Wädenswil (ZH). Le BMF félicite de tout c&brkbar;ur ces communes déterminées! Ainsi, ce sont au total 218 communes suisses et 2'317'801 habitants (env. 30% de la population) qui ont formellement renoncé à ce type de bois au plan communal (état: novembre 1998). Cinq cantons ou demi-cantons ont pris une décision semblable: AR, BL, BS, SO et SZ.
L'association de Suisse orientale «Kein Stolz auf Tropenholz» et le BMF ont invité à une fête sympathique organisée le 25 septembre au sommet du Säntis les 206 communes qui, à cette date, avaient déjà renoncé aux bois de forêts primaires. Dans ce cadre magnifique et par un temps superbe, une distinction a été remise aux délégués communaux présents ce jour-là (représentant 35 communes de 9 cantons). Les autres communes ont reçu leur distinction par la poste. Le BMF espère que ces documents, judicieusement placés, inciteront les habitants à apporter leur propre contribution à la protection des dernières forêts vierges.
Le même jour, deux communes ont été honorées de manière particulière: la ville de Zurich et la commune de Fällanden, qui toutes deux ont mis des documents internes à disposition de la campagne du BMF (Zurich ses directives, Fällanden le compte-rendu de la décision communale). Beaucoup de communes nouvellement acquises à la cause se basent sur ces documents administratifs exemplaires pour agir à leur tour. Une distinction spéciale sera remise ultérieurement à Ueli Widmer, ancien conseiller d'état appenzellois et auteur du dépliant devenu une référence.
Il reste cependant encore pas loin de 2917 communes suisses à convaincre! Le BMF met de la documentation à disposition de tous ceux qui souhaitent convaincre leur commune de domicile ou d'origine.
Un ami de Wädenswil montre avec quelle détermination on peut lutter dans ce cas. Ayant obtenu une réponse négative à sa requête écrite («Après consultation de quelques menuisiers de la commune, il est apparu que pratiquement plus aucun bois tropical ou nordique n'est utilisé aujourd'hui. Ces mesures sont donc inutiles...»), il a déposé une initiative personnelle au plan communal. Résultat: Wädenswil a décidé le 26 Octobre de renoncer au bois exploitée dans des conditions inacceptables: BRAVO!
A plusieurs reprises, le BMF a reçu des réponses semblables. Mais avec le concours de spécialistes du bois, il a pu établir que des bois indésirables existent dans pratiquement tous les bâtiments et agencements communaux, ainsi que dans beaucoup de cercueils, souvent cachés sous du vernis, du plastique ou de l'aluminium, ou dissimulés dans des recoins où normalement personne ne va regarder. C'est pourquoi le BMF se propose d'offrir une bouteille de bon vin suisse à la commune de Wädenswil et à toutes les communes qui défendent le même avis si, en visitant des bâtiments leur appartenant, il ne découvre aucun bois tropical ou nordique (entaille autorisée). Merci de nous inviter pour cette visite!
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Pas de bois de forêts primaires dans les administrations publiques! 35 délégués communaux sont venus chercher eux-mêmes la distinction décernée aux communes méritantes.
Photo: Isabel Kürsteiner.
La firme suisse Precious Woods reconnaît une «stupide erreur» L'organisation munichoise Pro Regenwald a découvert que Precious Woods (PW) a livré à Rostock du bois d'acaricuara non certifié FSC, contrairement au contrat passé avec la cité des bords de la Baltique. L'«erreur» porte sur 40% du volume total de bois livré. Secrétaire de PW, Daniel Heuer, jura que l'entreprise n'avait jamais eu «la moindre intention de tromper son client: il s'agit simplement d'une stupide erreur». En Allemagne, l'image de Precious Woods en a sérieusement pâti. Le responsable de l'Office pour l'environnement et la nature, Hans Joachim Meyer, déclara: «Je me sens dupé.» Les autorités n'auraient en aucun cas accepté du bois provenant de forêts pillées (Rostock est membre de l'Alliance pour le climat).
Commentaires du BMF L'intention première de Precious Woods était de reboiser des régions dégradées du Costa Rica. Ce séduisant projet fut soutenu par des deniers publics (3 millions de CHF), bien que des organisations de défense de l'environnement aient objecté que le teck prévu pour le reboisement n'était pas une essence indigène dans cette région. Mais l'entreprise, nullement décidée à rester inactive durant les 25 ans qu'il fallait à ce teck pour devenir exploitable, acquit au Brésil une forêt vierge de 800 km2, à exploiter tout de suite. Le BMF juge le procédé inacceptable, même si le Forest Stewardship Council (FSC) garantit la gestion durable de cette forêt (le BMF ne peut admettre la certification de bois provenant de forêts vierges: c'est ouvrir la voie, sous un vernis écologique, au pillage des dernières forêts primaires!). Il apparaît donc maintenant que PW commercialise aussi du bois non certifié. Or, l'entreprise attirait les investisseurs potentiels par le slogan: «En achetant ces actions, vous protégez la forêt pluviale!» Reste à voir combien de temps encore les actionnaires accepteront une pareille gestion des affaires. Les derniers événements n'inspirent pas précisément confiance, et l'on n'ose songer à ce qui arriverait si PW achetait quelques autres milliers de km2 de forêt pluviale.
La sensibilité sociale de la firme ne paraît pas moins douteuse que sa sensibilité écologique. Basée à Virgin Islands (GB) et donc exemptée d'impôts elle est active au Costa Rica (où elle ne paie pas d'impôts non plus) et au Brésil (pas de droits de douane). Or, son bénéfice est intégralement versé aux actionnaires, bien que ceux-ci puissent compter sur une plus-value de 11 à 16% par année, alors que les populations locales n'ont d'autre avantage que la possibilité de travailler, pour un salaire dérisoire, dans des coupes forestières ou des plantations. Et c'est cela que PW appelle «une authentique aide au développement»! L'entreprise persiste à affirmer que la destruction des forêts vierges est due à la misère des populations locales, et non à l'industrie qui amène la pauvreté dans les forêts qu'elle dégrade. Le BMF estime au contraire qu'une aide au développement et une protection de la forêt pluviale bien comprises consistent à protéger les bases économiques traditionnelles de ces populations, qui ont réussi pendant des siècles à gérer leurs forêts de manière durable en exploitant surtout les produits secondaires (fruits, caoutchouc, plantes médicinales, etc.) et très peu les arbres. Mais ce type de gestion n'amène pas le moindre centime dans la poche des prétendus sauveteurs suisses de la forêt tropicale.
«Tong Tana»
Journal du Bruno-Manser-Fonds (BMF)
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Composition et impression: Gremper AG, Basel